Mes interviews pour Public Sénat concernant les moyens capacitaires des armées françaises

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J’ai accordé deux interviews à Public sur les moyens capacitaires des armées françaises dans le contexte stratégique européen particulièrement lourd depuis le début de l’année 2025.

Dans une première interview, j’ai insisté sur le fait que « pour les munitions, il nous faut absolument un stock et de la masse, ce que nous n’avons pas aujourd’hui, car on n’en avait pas besoin« . En effet, j’ai rappelé que « les industriels français ont favorisé la construction de matériels ultra-performants, de haute technologie, mais qui coûtent très cher. Quand on produit un missile Aster à 1,3 million l’unité, forcément, cette dépense a une influence sur les crédits. Pour le même prix, je ne sais pas combien on a de balles de fusil. Nous avons moins de munitions, car elles sont très performantes […] ces munitions sont très bien en temps de paix mais en temps de guerre, on a besoin de ces munitions pour frapper en profondeur, taper loin. Mais on a besoin aussi de grande quantité. C’est la leçon principale de la guerre en Ukraine« . Enfin, j’ai indiqué que notre faiblesse est d’avoir « favorisé la haute technologie, la haute performance, un équipement pour un temps de paix, qui soutient nos partenaires à l’étranger ou les exercices de l’Otan« .

Dans une seconde interview, portant cette fois sur la dépendance des Européens aux armes américaines, j’ai souligné que « les Européens ont volontairement créé cette dépendance en achetant américain, car l’offre européenne n’était pas forcément celle qu’ils souhaitent, mais surtout car ils voulaient s’assurer de la protection américaine« . J’ai rappelé que sur le F35, Lockheed Martin a la capacité de « bloquer le plan de vol, qui est entré avant le décollage et si une panne, qui est normalement envoyée au constructeur, ne peut être identifiée, l’appareil peut être cloué au sol. Il y a un vrai levier de blocage« . La situation politique aux Etats-Unis nous rend vulnérable et cette dépendance pourrait avoir des conséquences sur le théâtre des opérations. En effet, « il est fort probable, sans qu’il y ait un traité de non-agression, que les Etats-Unis décident que la Russie est leur allié, et donc, s’il devait y avoir une agression russe envers un pays européen, je ne suis pas convaincue que les Etats-Unis voudront protéger les Européens. Nous avons énormément de problèmes à accepter ce que dit Trump, que l’engagement américain n’est plus automatique. Mais si l’Estonie est attaquée par exemple, il peut décider que ça ne mérite pas l’engagement américain contre les Russes« .


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